Histoire du « maquis » anticolonial au Cameroun
Le territoire de l’actuel Cameroun fut colonisé par l’Empire allemand à partir de 1884, puis, après la Première Guerre mondiale, réparti entre la France et la Grande-Bretagne sous mandat de la Société des Nations.
Le mouvement indépendantiste Union des Populations du Cameroun (UPC), fortement implanté parmi les populations bantoues notamment dans les régions de l’Ouest et du Littoral (Bamiléké, Bassa), déclara l’insurrection en décembre 1956.
La lutte prit la forme d’un maquis (réseaux de combattants clandestins, retraits en forêts, sabotage, guérilla) dans les zones de l’Ouest-Cameroun, en particulier dans le pays Bamiléké, la vallée du Moungo, etc.
Le territoire bamiléké (région de l’Ouest) fut particulièrement touché par les opérations coloniales françaises et post-coloniales de « pacification » : des villages ravagés, des bombardements, des regroupements forcés.
Même après l’indépendance officielle le 1er janvier 1960, les combats se poursuivirent et la répression resta forte, ce qui marque que la libération ne fut pas une rupture soudainement pacifique.
En clair, le mot « maquis » ici désigne la résistance armée clandestine face à la domination coloniale, mais aussi la lutte prolongée après l’indépendance, souvent peu visible dans les récits nationaux.

© Archives personnelles de Simon Nken



Le rôle et l’impact de la communauté bamiléké
Les Bamiléké sont un groupe ethnique important du Grassfields (plateaux de l’Ouest-Cameroun). Ils sont reconnus pour leur esprit d’initiative, leur réseau commerçant et leur présence dans l’artisanat, le commerce ou les professions urbaines.
Historiquement, les chefferies bamiléké disposaient de techniques de défense traditionnelles (fortifications, transformations du terrain, stratégies guerrières) qui montrent une capacité de résistance locale bien avant le face-à-face colonial.
Pendant la période de la guerre d’indépendance et de la lutte armée, l’Ouest-Cameroun (pays bamiléké) fut un foyer majeur du maquis. La communauté bamiléké fut donc doublement impliquée : d’une part comme base sociale de la résistance, d’autre part comme zone cible de forte répression.
Après l’indépendance, la communauté bamiléké participa au développement économique du pays par ses activités commerciales et industrielles, mais elle fit aussi face à des discriminations et à des tensions identitaires — notamment des accusations de « tribalisme anti-bamiléké ».
Ainsi, on peut dire que la communauté bamiléké a une histoire riche de résistance, d’énergie économique et de diaspora. Elle est à la fois actrice historique de l’indépendance et un facteur majeur dans l’économie camerounaise contemporaine.
Ce que doit considérer une communauté vivant à l’étranger (diaspora) pour avoir un impact sur le développement de son pays d’origine
Voici quelques éléments à prendre en compte :
Capital humain & réseau : La diaspora possède souvent des compétences, des expériences professionnelles, des réseaux internationaux. Utiliser ces atouts pour créer des passerelles (formation, transfert de technologies, mentorat) vers le pays d’origine est une voie forte.
Envoi de ressources & investissements : Les remises monétaires (remittances) puis les investissements directs dans des projets locaux peuvent stimuler l’activité économique, mais doivent être bien orientées, transparentes et durables.
Identité & cohésion communautaire : Une diaspora bien organisée, consciente de son héritage culturel (par exemple bamiléké ou plus largement camerounais) peut mobiliser, mais elle doit aussi éviter les divisions internes, le « tribalisme » ou les tensions d’identité qui divisent plutôt qu’unissent.
Partenariats locaux : Pour ne pas être une simple « extension étrangère », il est utile de travailler avec des acteurs locaux (entreprises, ONG, collectivités) pour s’assurer que les actions sont contextuellement appropriées, acceptées par la population locale et alignées avec les priorités de développement du pays.
Mémoire & reconnaissance historique : Étant donné le passé colonial et les luttes d’indépendance (comme évoqué plus haut), la diaspora peut jouer un rôle de transmission de mémoire, de valorisation de l’histoire de la résistance, ce qui nourrit la fierté collective et la cohésion nationale.
Ethique & responsabilité : Il est important de veiller à ce que les actions de la diaspora ne alimentent pas les inégalités locales ou des dynamiques de dépendance, mais qu’elles visent à renforcer l’autonomie, la capacité locale et la durabilité.
1948–1954 : La naissance du mouvement anticolonial
1948 : Création de l’UPC (Union des Populations du Cameroun).
Objectif : indépendance immédiate, fin du travail forcé, réunification des Cameroun français et britannique.Leadership structuré, implanté chez les Bassa, Bamiléké, Douala, ouvriers, paysans, syndicalistes.
1955 : Interdiction de l’UPC et début de la clandestinité
Après plusieurs manifestations, la France interdit l’UPC.
Beaucoup de leaders sont tués, emprisonnés ou forcés à l’exil.
La lutte devient clandestine → c’est la naissance du maquis.
1956–1958 : Organisation du maquis
Les maquis s’installent dans :
- Le pays Bamiléké (Ouest)
- Le Moungo
- Les montagnes et forêts difficiles d’accès.
Les combattants forment des unités structurées, se déplacent la nuit, organisent des tribunaux populaires, des réseaux de ravitaillement.
1958 : Mort de Ruben Um Nyobè
Le secrétaire général de l’UPC, appelé « Mpodol » (le porte-parole), est assassiné dans la forêt de Boumnyebel.
Son corps est enterré en secret, son nom interdit dans l’espace public pendant plus de 20 ans.
1959–1960 : Intensification de la répression
L’armée française mène des opérations massives dans l’Ouest, notamment :
- Villages rasés
- Déplacements forcés
- Zones interdites
- Bombardements
Des milliers de civils sont tués.
La France organise parallèlement une transition politique encadrée → Ahmadou Ahidjo devient président.
1960 : Indépendance… mais la guerre continue
1ᵉʳ janvier 1960 : Indépendance.
- Cependant, les maquis continuent, car les dirigeants de l’UPC sont exclus du nouveau pouvoir.
- L’armée camerounaise, aidée par des conseillers militaires français, reprend les opérations dans l’Ouest.
1962–1971 : Éradication progressive du maquis
Les derniers grands chefs UPC sont tués l’un après l’autre.
1971 : Félix-Roland Moumié, Ernest Ouandié, Ossendé Afana sont neutralisés ou assassinés.
Ahidjo consolide un État très centralisé.
→ 1971 marque la fin officielle de la lutte armée UPC.

Le secrétaire général de l'ONU, Dag Hammarskjold (au centre), est accueilli à l'aérodrome de Yaoundé par le président camerounais Ahmadou Ahidjo (à droite) et le ministre d'Etat Njoya Around (à gauche), pour les cérémonies marquant l'indépendance du Cameroun le 1er janvier 1960.
Choisi par la France et parrainé par Louis-Paul Aujoulat, alors secrétaire d’Etat à la France d’outre-mer, Ahmadou Ahidho est élu président de la République après l’indépendance du pays en 1960.
Après la réunification des deux Cameroun en octobre 1961, le président Ahmadou Ahidjo publie des ordonnances contre la subversion qui empêchent en réalité l’expression de toute forme d’opposition. Il transforme le pays en une véritable dictature.
⚫ Ernest Ouandié (Bamiléké – chef majeur du maquis)
Stratège de terrain, dernier leader de l’UPC à tenir le maquis.
Exécuté publiquement à Bafoussam le 15 janvier 1971.
Considéré comme l’un des plus grands symboles bamiléké de la résistance armée.
⚫ Ndeh Ntumazah (grassfields, allié des Bamiléké)
Important financier et organisateur de la lutte extérieure.
Participe à la coordination entre diaspora, exilés et combattants internes.
⚫ Les chefferies bamiléké
Certaines chefferies ont soutenu les réseaux clandestins (logement, ravitaillement, protection).
D’autres, sous pression coloniale, ont été forcées de collaborer.
L’Ouest fut tout de même le cœur principal de la résistance armée, notamment :
Bafoussam
Bamendjou
Baleng
Bandjoun
Baham
Bangou
⚫ Rôle de la population bamiléké
Les villages servaient :
de refuges,
de centres de renseignements,
de réseaux logistiques.
Cette mobilisation explique pourquoi l’Ouest a été l’épicentre de la répression coloniale et postcoloniale.
1. Le maquis au Cameroun
La résistance anticoloniale commence réellement dans les années 1950 avec l’Union des Populations du Cameroun, un mouvement qui réclamait l’indépendance immédiate et la reunification du territoire.
En 1955, l’UPC est interdite et passe dans la clandestinité : c’est la naissance du maquis.
Les foyers majeurs de résistance se situent chez les Bassa et surtout dans le pays bamiléké, où le terrain montagneux permet la guérilla.
La répression coloniale est très forte : villages brûlés, regroupements forcés, opérations militaires massives.
Même après l’indépendance de 1960, les combats continuent. Le dernier chef du maquis, Ernest Ouandié, est exécuté en 1971, ce qui marque la fin officielle de cette période.
2. Le rôle de la communauté bamiléké
Les Bamiléké ont été l’un des groupes les plus impliqués dans la lutte.
Leur région est devenue une base stratégique du maquis.
De nombreuses chefferies et familles ont soutenu les combattants, ce qui a attiré une répression particulièrement violente dans l’Ouest.
Depuis l’indépendance, la communauté bamiléké contribue fortement au commerce, à l’entreprenariat, à l’éducation et à la diaspora camerounaise.
Sa force principale : son réseau, sa solidarité, son esprit d’initiative.
3. Ce que peut faire une diaspora pour le développement
Une diaspora a un impact quand elle :
transfère des compétences, pas seulement de l’argent,
s’engage dans des projets structurés, durables et transparents,
crée des ponts entre les innovations internationales et les besoins locaux,
préserve la mémoire historique tout en regardant l’avenir,
reste unie au-delà des identités régionales ou ethniques,
et s’appuie sur des partenariats avec des acteurs locaux.
La diaspora bamiléké — comme l’ensemble de la diaspora camerounaise — peut jouer un rôle majeur si elle combine savoir-faire, organisation, solidarité et vision collective.
